Photonerd: Comment Photoshop a façonné une nouvelle culture de l’image

Le logiciel d’Adobe a été le premier produit et le plus célèbre d’une firme qui existe depuis 1982 (34 ans maintenant) fondée à Mountain View, en Californie, aussi le fief de Google et bien d’autres startups Américaines devenues légendaires. A cette époque, les professionnels du graphisme utilisaient tout autant Corel, qui régnait en maître depuis 1984 au Canada. La plate-forme de rigueur était un Mac, mais les deux compagnies s’adaptèrent vite au marché du PC, certes toujours boudé par la communauté des graphistes. Outre un logiciel de dessin vectoriel, Illustrator, Adobe s’était surtout fait connaître par son format compressé devenu un standard, pdf (portable document format). Des million de millards de pdf ont sans doute été créés et échangés depuis.

Photoshop lui s’est imposé comme le leader incontesté de la retouche photo, au point d’être vendu via des accords de partenariats sous des versions simplifiées telles que photoshop elements avec des scanners. Mais les possibilités de photoshop (Lancé le 19 Février 1990) ont été rapidement exploitées par les amateurs d’imagerie, non seulement pour des photomontages, photocompositions, manipulations d’images, mais également toute une génération d’artistes sur palette graphique ou ordinateur créant un véritable mouvement de peinture digitale. Le logiciel est devenu non seulement le standard de l’industrie mais est entré de la pop culture et le language courant, comme « photoshopper ». Il est difficile de trouver aujourd’hui une image de couverture (de mode, design, architecture, etc;) qui ne soit pas retouchée via ce standard. Il serait même impensable à un magazine de mode de présenter des photos non retouchées aujourd’hui…
Comme les bons effets spéciaux ils sont là sans que le public ne s’en rendre vraiement compte.

Les photoshoppeurs à l’origine de scams
Outre les professionnels, les particuliers ont aussi tiré leur épingle du jeu et créé des manipulations qui ont souvent fait le buzz sur les réseaux sociaux, en particulier Youtube, à l’origine de nombreux et fameux Fakes utilisés en catch image:

Dans la veine des « anciens géants » ces fameux fakes ont écumé le net depuis des années.

Neo-surrealism
Une autre de ces applications à participé au renouveau du surréalisme, inventé et pratiqué au début du XXe siècle (Magritte, Dali..). Il y a même des concours internationaux récurrents qui peuvent servir notamment aux agences de publicité à dénicher de nouveaux talents, comme :


Tejal Patni http://www.tejalpatni.com/


Erik Johansson: http://www.erikjohanssonphoto.com/

Movie Concept Art
Outre les « artist impression » qui servent à vendre des projets, souvent basé sur des modèles 3D, dans l’industrie, l’architecture et de design de manière générale, photoshop a aussi engendré une génération de « digital painters » dont les réalisations néo-impressionistes de « Peinture numérique » très prisées sont utilisées par l’industrie du cinéma. Deviant Art aux États-Unis et Poobbs en Chine sont des annuaires et portfolios connus dans l’industrie, de même que pour des Game designers.


Série de photomanipulations par l’auteur @dbo-design

Règne sans partage ?
Photoshop, surtout dans ses versions les plus récentes, a été critiqué pour sa complexité et sa lourdeur, sans doute dûe à une débauche d’additions au cours des années, parfois très éloignées de sa vocation première: Gestion des polices, 3D, animation… Imposant par ailleurs aux utilisateurs de se reformer sur une nouvelle interface, avec le temps d’adaptation requis. Les infortunés utilisateurs sous windows ont aussi maudit l’instabilité et les limitations des premières versions (pas d’autosave en cas de plantage).
Photoshop à cependant une concurrence établie, quoique ces outsiders n’ont jamais pu s’imposer comme véritables standards alternatifs dans l’industrie, ou de compatibilité.
-Corel Photo-Paint: Lançé en 1992, un peu plus limité, il peut être amélioré via des scripts and macros
-Gimp: Le photoshop du « monde libre » bien connu, il était proposé en même temps que mozilla et d’autres applications sur les distibutions Linux. Avec ses mérites et limitations, il est resté plus simple que photoshop toute en disposant des fonctions attendues pour ce type de logiciel comme la gestion des calques, les transparences, les formats, avec le luxe d’accepter les formats photoshop avec le bon plugin. Pour les particuliers non désireux d’investir ou de pirater, c’est l’alternative la plus populaire.
Le renard à ses adeptes et imitateurs comme Paint.NET, Seashore, Pixlr, PicMonkey, SumoPaint, Krita, CinePaint…

Un art « populaire »
L’arrivée de nombreux logiciels d’images mais surtout d’internet comme galerie géante (ce qui inclus également les réseaux sociaux) à multiplié de façon exponentielle le nombre d’oeuvres créées, sans la phase de curation que l’on retrouverai dans une galerie d’art classique. Avec la facilité de partage sur les réseaux sociaux, ces oeuvres voyagent et les artistes peuvent d’autopromouvoir, ce qui à démocratisé l’accès à l’art comme jamais.

On retiendra toutefois que cette débauche de « sources d’inspirations » telles qu’affichées sur instagram ou pinterest par exemple, a tendance à diminuer la spontanéité et la fraîcheur, l’originalité des créations. C’est là qu’interviennent les nombreux blogs de design, qui jouent ce rôle de curateurs et que consultent les professionels. Il y a une qualité objective sur laquelle tout le monde s’accorde.

Par ailleurs les places de marchés où vendre ces oeuvres se sont multipliées (Etsy, pixels.com, redbubble, etc.). On compte près de 200 sites de vente d' »art » en ligne sans compter les boutiques spécialisées (posters thématiques, etc.), et les grandes bases d’images comme Shutterstock ou Fotolia.

Un art de l’éphémère
Reste que si photoshop est un standard et semble en passe de le rester, nombre de créations (en particulier acoustiques) souffrent de l’obsolescence programmée dûe à une création correspondant à une époque particulière sur un matériel et un logiciel qui va disparaître au bout de quelques années. De ce fait l' »art numérique » est difficile, voire impossible à conserver. D’après une étude de l’IRCAM en 1972 moins de 60 oeuvres électroacoustiques, sur 1000 sont encore jouables. Les oeuvres visuelles semblent ne pas souffir ce genre de limitations, pouvant être imprimées sur tous formats à tous moment.

Mais les informations stockées, enregistrées de multiples fois s’érodent et des erreurs s’insinuent à la longue, sans compter la perte des supports. Sur internet la « création visuelle » au sens très large est plus pratiquée comme un art de l’éphémère, notamment sur snaptchat. Les créations ne sont stockées que le temps du partage et disparaissent. Ce phénomène va augmenter avec l’arrivée prévue de la réalité augmentée et une demande qui surpasse largement la capacité de serveurs de plus en plus energivores.

Et vous, utilisez vous photoshop ? Avez vous développé un usage particulier ? Vous apporte-t’il des avantages dans votre travail et a t’il changé votre façon de travailler ?

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