Test de Firefox Reality

Firefox, le navigateur open source, est aussi bien plus. Une galaxie de services comme le serveur de messagerie Firebird et de projets, comme A-Frame. Firefox fut leader avec l’arrivée du WebVR grâce à ce framework qui s’est vite popularisé en 2015-2016. Depuis, avec l’annonce en 2018 du standard WebXR et les promesses d’une base commune RA/RV pour le web, Firefox à emboîté le pas de Supermedium, le navigateur VR créé par les équipes d’A-Frame, en sortant son propre navigateur XR, Firefox Reality, le 18 septembre, annoncé déjà depuis avril.

Screenshot officiel de Firefox

A propos de Firefox Reality

Quelle type de « réalité » pour ce navigateur ?

Il y a un peu de confusion par rapport au type de « réalité » couverte; Certains médias Français parlaient de VR, d’autres de réalité mixte. En fait, d’après la page officielle de Firefox Reality, on parle bien de « réalité mixte » (Mixed Reality for the Open Web), mais la majorité des expériences montrées appartiennent à la VR, ce qui est d’ailleurs souligné plus bas « A new browser for Virtual Reality« . Une belle confusion. Une bonne partie du public en effet continue à utiliser « réalité virtuelle », « mixte » et « augmentée » en les substituant. Pourtant ils regroupent bien trois types d’expériences différentes. Et le navigateur, utilisant ce nouveau standard XR entend bien l’ensemble des expériences permises par ce standard WebXR.

-Par réalité virtuelle, on entends une substitution totale (un nouvel univers virtuel, donc dans lequel rien n’est réel).

-Par réalité augmentée, on entends une superposition d’informations digitales à la réalité. Le meilleur exemple est google glass ou les lunettes pour sportifs Outdoor qui affichent des informations de base que l’on pourrait trouver sur une smartwatch ou un smartphone.

-Enfin la réalité mixte qui est supposée mixer réalité virtuelle et réalité augmentée. Concrètement, que ce que ça signifie ? On reste dans la « réalité », on continue à voir ce qui nous entoure, mais au lieu d’afficher de simples informations 2D, on est capable de projeter des expériences 3D complètes, interactives, avec l’haptique au besoin (interagir avec les mains). Dans le cas des jeux vidéos par exemple, on sort de l’écran, on (ré)investit la rue, et on renoue avec l’effort physique, ce qui est plutôt une bonne chose.

L’interface Daydream.

Vers des expériences fluides et un hardware unique

Ce qui complique les choses, c’est que l’on utilise aussi réalité mixte comme un mot-valise pour réalité virtuelle+augmentée. Ce qui est vrai par ailleurs. Mais il faut voir surtout la RM comme une évolution et une extension de la RA, et à terme, effectivement un système unique de superposition digitale dans laquelle l’immersion totale ne sera qu’une étape. On s’acheminerait vers une sorte de réalité augmentée à degrés allant jusqu’à la superposition totale, couvrant tous les besoins, depuis les informations basiques du sport outdoor jusqu’au travail quotidien ou les loisirs en immersion totale. De votre footing le matin à votre film le soir, ce sera votre média unique, remplaçant votre laptop, smartphone, smartwatch et TV, votre assistant personnel démultiplié.

Et cela passera par un device unique (ci-dessus), probablement des lunettes connectées légères et portables, standalone (sans câblage), mais éventuellement avec un hardware séparé en SFWLAN. Pour passer en mode « VR » les verres s’opacifieront tout simplement à 100% avec un champ de vision plus important, comme celui du récent Pimax 8K récemment sorti. On parlera alors plus volontiers d’informatique immersive plutôt que de s’encombrer de ces termes VR, AR, MR qui entretiennent la confusion…

A qui s’adresse Firefox Reality ?

Ce nouveau navigateur affiche la même ambition que Supermedium, mais avec le savoir-faire et la puissance de feu de Firefox, qui reste en août 2018 à 5% d’utilisation mondiale (Chrome 59%, Safari 15%, UC Browser (Chine), 6%, IE 3%… src). Concrètement, le navigateur Firefox Reality est disponible gratuitement sur smartphone via Google Play (Android) pour Daydream, Oculus Rift et HTC Vive. Le simple choix de ces trois lunettes confirme le fait que l’on vise des expériences VR avant tout (immersion complète). Donc au final, une vraie expérience VR pour les utilisateurs de ces devices (Daydream sur smartphone, les deux autres en standalone), mais aussi sur son laptop et smartphone.

Il faut savoir que la dernière version de Firefox permet déjà d’afficher le WebVR sur desktop, ce qui fait le charme de la solution pour une communication globale. Rappelons aussi que le WebVR est compatible sur Chrome, Safari, Opera et Edge également.

Dans un premier temps, FF Reality (futur acronyme FR ou FFR ?) est une simple curiosité en version « beta », mais en développement depuis deux ans. Il s’adresse donc plutôt aux Geeks pressés de passer d’une expérience à l’autre et d’y publier les leurs.

En effet, comme toutes ces nouveautés, le navigateur est en attente de contenus. Depuis trois mois à la tête de la branche Stratégie de la plate-forme de réalité mixte de Firefox en tant que Product Manager d’après son profil Linkedin, André Vrignaud, au nom Francophone mais bien Américain annonce que l’interface (UX) demandait de repenser absolument tout, de la navigation à la recherche, en passant par le display, l’environnement et la manière d’afficher le texte. « Cela a nécessité des années de recherche et d’innombrables conversations avec les utilisateurs, les créateurs de contenu et les partenaires hardware. Le résultat est un navigateur conçu pour le support qu’il sert… »

Apparemment pour les meilleures performances, FF Reality est propulsé par le moteur Quantum version mobile de Firefox. Ce qui fait sens puisque la majorité des utilisateurs utiliseront des smartphones pour surfer en VR. La version étant la toute première, de nombreuses options supplémentaires et fonctionnalités fondamentales sont encore attendues, notamment le plein support des vidéos 360.

Le Test:

Pour mettre en forme le test, j’ai combiné trois éléments utilisés en démos et conférence-ateliers:

  1. Projecteur Benq compatible chromecast
  2. Branchement Chromecast
  3. Google daydream avec option casting activé

En un second smartphone pour filmer et photographier le tout…

On télécharge l’application Daydream directement sur internet, depuis par exemple la page dédiée qui donne des liens, allant, pour ce qui me concerne, sur les applications Daydream. Une fois installée, l’application est donc présente lorsque l’on lance Google Daydream, dans la bibliothèque.

Pour y accéder il suffit donc de lancer l’application, et après l’habituel période d' »écran noir » de chargement, l’application vous immerge dans un environnement 360 de grottes magique low-poly ou cartoon, comme on voudra. L’interface est très simple: Un écran (redimensionnable, trois tailles), avec quelques options de base vous fait face. C’est une bibliothèque permettant de charger les éléments VR avec un rafraîchissement constant. On ne voit en principe que les dernières expériences.

Cette interface propose directement des contenus réactualisés:

  1. Vidéos 360 avec Within
  2. Modèles 3D Sketchfab (pas disponible sur daydream apparemment)
  3. Expériences Interactives (Principalement de jeux)
  4. Panomoments: Courtes « photos vivantes » 360

L’interface présente également des boutons « partenaires », Within (chaîne documentaire VR), et Sketchfab. Mais FFR est surtout un browser. Logiquement donc, on accède à une interface permettant de « taper » sur un clavier virtuel les recherches que l’on souhaite. En revanche, c’est du « brut » au niveau des résultats: Pas de filtrage VR. C’est donc à soi de faire une requête orientée dès le départ.

On note aussi la possibilité d’effectuer une recherche en mode privé, comme le navigateur FF standard. Ce qui indirectement fait penser que le traçage est actif (bonjour les cookies !) aussi avec Firefox Reality, pour les annonceurs. L’un des grands manques du navigateur est l’absence par exemple de fonctionnalité pour bookmarker les expériences.

Le rendu d’un modèle sur Sketchfab. On est bien en full VR mais les textures et détail du modèle ne sont jamais apparus…

Sur Sketchfab. L’option n’étant pas visible (sans doute réservée à d’autres casques) je suis allé sur le site directement pour charger un modèle et tenter de le voir en VR. Le résultat a été en effet décevant. Difficile de sélectionner les icônes en bas d’écran, puis la VR. Une fois en VR, aucune texture ne s’affichait. Une fois revenu en mode fenêtre, impossible d’afficher le menu principal Firefox Reality, j’ai dû fermer et relancer l’application… D’après la page officielle, sur Daydream, il est nécéssaire de posséder un Google Pixel phone avec Chrome Beta/Canary. Je retenterai l’expérience.

A-Frame: Après deux expériences, Freeze total sur cette-ci. Bizarrement le cache montre une version plus ancienne ou limitée du site, il manque des expériences qui auraient été intérressantes à voir.

Visite d’Aframe. Le site possède une petite collection d’expériences VR à tester. La première, archi-simple, fonctionne bien mais n’est guère impressionnante. J’ai pu ensuite tenter une autre expérience d’effets de lumière, puis l’interface à littéralement « freezée ». Il a fallu fermer et relancer l’application là encore.

Donc au final une expérience intéressante mais des bugs et une certaine lenteur peut-être due au matériel utilisé (samsung S8+). Le principal avantage pour l’instant des utilisateurs va être de trouver du contenu 360 à surfer en utilisant Google. Mais le peu d’expériences testées en WebVR ont été problématiques. Il est prévu à terme que FFR permette aussi d’accéder à de la réalité augmentée, ce qui promet d’être intéressant. Mais passé la découverte et ce test il y à peu de chances que je revienne sur ce navigateur avant longtemps. En revanche il va être intéressant de tester un « vrai » site en WebVR doté de liens internes.

Navigation privée et options de Firefox Reality

Ce qu’apporte réellement Firefox Reality

Pourquoi se lancer dans un nouveau navigateur alors que l’on peut déjà afficher des tonnes d’expériences en WebVR sur la plupart des navigateurs existants ? A cause d’un problème fondamental qui n’a jamais été résolu et a motivé la création de supermedium: Chaque expérience WebVR restait prisonnière de son URL. Concrètement on ne pouvait pas surfer d’une expérience à l’autre sans enlever et remettre ses lunettes VR.

Firefox Reality a été repensé entièrement pour la VR, s’affranchissant des vieux protocoles, et permet donc une navigation sans interruption d’une expérience VR à l’autre. Ce qui enrichit considérablement la possibilité de découvrir de nouveaux contenus. En clair, de surfer en VR sans limites.

Imaginez ce qu’internet aurait été si à chaque fois que l’on suivait un lien il aurait fallu fermer et relancer son navigateur ? …

Les implications pour la VR sont considérables car cela implique de réinventer les principes de référencement, de marketing, d’ergonomie aux nouvelles expériences 3D qui vont être proposées. En clair c’est le nouveau far-west. Bienvenue aux nouveaux pionniers du WebVR.

Les avantages du WebVR sans limites

En effet passé la limitation du surf d’un URL à l’autre, on peut envisager des expériences WebVR beaucoup plus ambitieuses car elles auront la possibilité de s’appuyer sur de nombreuses pages et fichiers (architecture php, bases de données). Plutôt que de surcharger une simple URL, on peut répartir les ressources d’une expérience, comme un site « lambda » sur un ensemble de pages, permettant un temps de chargement plus rapide, et donc diminuer le taux de rebond. Et ce qui est vrai pour un site l’est aussi pour un intranet ou même un logiciel en ligne. On va pouvoir proposer des outils en ligne donc l’interface est en 360.

Rappelons que les expériences WebVR sont propulsées par le langage WebGL, écrit en javascript. Donc tout codeur/webmaster se sens d’emblée à l’aise dans un environnement familier, dans lequel des inclusions de javascript standard sont possibles. On peut donc créer des sites hybrides, tirant le meilleur des deux mondes. Un bon exemple est la probable fusion prochaine de WordPress (le leader mondial des CMS) avec ces technologies pour mettre de générer du contenu pensé pour la VR depuis un back-office, le tout stocké dans une base de données. Le potentiel est énorme.

Exemple retail: Un site E-commerce en réalité augmentée, dont les articles peuvent être vus en 3D et avec lesquels on peut interagir (changer les couleurs, etc.). Une manière de s’approprier le produit, améliorant les chances de transformation.

Par ailleurs, le fait de basculer d’une URL à l’autre va permettre de créer des univers complets bien plus vastes et complexes. Toute marque cherchant a créer un univers pour son branding va trouver là un outil de storytelling remarquable, aux possibilités démultipliées. Il va falloir inventer de nouveaux codes pour séduire les consommateurs, mais jamais les « sites » n’auront été personnalisés à ce point. Songez-y… Oubliez vos petites fenêtres encombrées, entre les barres de votre navigateur, de votre système d’exploitation, les pubs et liens avec le contenu perdu au milieu. Les contraintes du responsive ? oubliées ! La ligne de flottaison ? Idem ! Le scroll marketing ? Aux oubliettes !

Une nouvelle ère s’ouvre. Celui des sites internet immersifs. Gageons que les premières marques qui y seront présentes et sauront tirer pleinement avantages de ce nouveau média feront parler d’elles dans la presse…

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